mardi 2 novembre 2010

BILLET DE L'ÉVÊQUE

J’ose vous partager une souffrance…


Si j’ose vous partager une déception qui est même une souffrance, c’est que j’ai confiance en vous. Je crois en votre capacité de l’accueillir. Je crois aussi en votre capacité de réagir et de m’aider à nuancer mes propos, s’ils vous semblent trop catégoriques.

Devant les grands défis que rencontrent aujourd’hui nos paroisses et nos diocèses du Québec, ma souffrance est de constater que les réflexes et les réactions d’un certain nombre de personnes sont loin d’être toujours évangéliques… Il y a des paroles et des attitudes d’une intransigeance surprenante concernant le regroupement de paroisses et surtout la fermeture d’églises… Ces paroles et ces attitudes me laissent bouche bée et je suis tenté de voir là un des signes les plus évidents de l’échec de l’évangélisation dans nos divers milieux… Je me réfère, bien sûr, à des expériences vécues ailleurs, puisque, dans notre diocèse, nous n’avons réalisé qu’une unification de trois paroisses à Rivière-du-Loup (unification qui s’est vécue d’une manière plutôt sereine) et que, pour le moment, aucune église n’a été fermée. Mais devant ce qui s’est passé ailleurs, je me demande : saurons-nous faire mieux ?

J’aimerais l’espérer, mais je n’en suis pas sûr ! Lorsque j’apprends que, dans une paroisse ou l’autre, on déclare : « Si un jour, on doit s’unir à une autre paroisse, on va au moins dépenser notre argent jusqu’à la dernière cent ! », je me demande où est passé le sens de la solidarité chrétienne entre nos diverses paroisses. L’esprit de clocher, ce n’est pas l’esprit de l’évangile !… Lorsque j’apprends que des paroissiens affirment : « Comme on n’a plus de prêtre résidant chez nous, on ne va pas payer notre capitation ! », je me demande où est leur compréhension de ce qu’est véritablement une communauté chrétienne…

De grands défis nous attendent et nos diverses communautés paroissiales devront prendre des décisions importantes au cours des prochaines années… Nous nous retrouverons devant des renoncements et des détachements qui feront mal, devant des décisions déchirantes dans certains cas, mais cela ne nous donne pas le droit d’oublier l’esprit du Christ et de son Évangile… Au contraire, c’est en allant puiser à la source de l’Évangile et c’est en ne perdant jamais le Christ de vue, que nous trouverons la force et la lumière qui nous permettront de prendre les décisions appropriées, même lorsqu’elles peuvent faire mal… Que nous ayons des points de vue différents et même opposés sur les solutions à mettre en oeuvre, c’est normal ! Mais que nous oublions de les exprimer dans la charité et dans le respect mutuel, c’est anormal !

Dans mes heures de pessimisme, il m’arrive de penser : s’il n’y a pas un plus grand esprit de solidarité et de charité chrétiennes entre nous qui nous déclarons disciples du Christ, ne soyons pas surpris qu’il n’y ait pas plus de solidarité et de charité dans notre société en général !… Je dois alors me souvenir de la promesse du Seigneur : Et moi, je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde (Mt 28, 20). Encore faut-il, que nous aussi nous cherchions à être avec Lui, disposés à nous laisser guider par son Esprit !

Quand je n’oublie pas de me tourner vers Lui, le Seigneur de nos vies, je reprends espoir pour notre Église diocésaine et j’ose espérer que nous saurons nous aider à prendre les meilleures décisions, au meilleur moment, dans les meilleures conditions possibles !

+ Yvon Joseph Moreau, évêque de Sainte-Anne

1 commentaires:

  1. Peut-être faut-il en effet se préparer à faire des choix déchirants... Mais que fait-on pour revitaliser nos paroisses? Que fait-on pour rendre nos églises attrayantes (et je ne dis pas qu'il faut verser dans le n'importe quoi)? C'est bien beau de se dépouiller, mais les squelettes, ce n'est pas si attirant que ça...
    Que fait-on pour susciter les vocations? Y a-t-il un plan d'action diocésain ou est-ce qu'on ne fait que se préparer que d'une seule manière: à perdre toujours un peu plus, en se disant qu'il n'y a rien à faire et que c'est partout pareil...? Sauf aux endroits où c'est différent. Il doit y en avoir. Et si oui, pourquoi ne pas s'en inspirer? J'ai l'impression qu'on regarde le navire couler, le regard désolé et les bras croisés. Les appels du pape à la prière pour les vocations ne nous ont pas été relayés... Si on ne peut rien faire d'autre, on pourrait toujours bien commencer par ça... Non?

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